IN BETWEEN BLUES

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ABLAKASSA

Yinka Shonibare CBE, Barthélémy Toguo, Abdoulaye Konaté, Sanaa Gateja, Jean-Servais Somian, Alex Burke, Sadikou Oukpedjo, Girma Berta, Louis Barthélemy, Karim Bennani, Ahmed Hajoubi, Zineb Mezzour, Pascal Konan, Osias André, Awa Meité, Houda Terjuman, Ghizlaine Sahli, Cécile Ndiaye, Sara Benabdallah, Hall Haus and Hajar Daide

IN BETWEEN BLUES

Yinka Shonibare CBE, Barthélémy Toguo, Abdoulaye Konaté, Sanaa Gateja, Jean-Servais Somian, Alex Burke, Sadikou Oukpedjo, Girma Berta, Louis Barthélemy, Karim Bennani, Ahmed Hajoubi, Zineb Mezzour, Pascal Konan, Osias André, Awa Meité, Houda Terjuman, Ghizlaine Sahli, Cécile Ndiaye, Sara Benabdallah, Hall Haus and Hajar Daide

6 février - 3 mai 2026

Project Spécial 1-54 x DADA Marrakech

Une proposition curatoriale de Roger Karera

Coordination internationale par Charlotte Lidon

Programmation et organisation de la journée de Symposium par Charlotte Lidon

Un manifeste bleu

Conçu comme une exploration sensible de la couleur bleue — ses histoires, sa matérialité, ses résonances symboliques —, In Between Blues a réuni une constellation d'artistes intergénérationnels du continent africain et de sa diaspora. À travers la sculpture, l'installation, le textile et le design, le projet a interrogé le bleu comme espace de mémoire, d'identité, de mouvement et de transformation, invitant le public dans une expérience plurisensorielle.

Imaginé et co-conçu par Roger Karera, curateur franco-rwandais et co-fondateur d'ABLAKASSA, aux côtés de Jean Servais Somian, designer ivoirien de renommée internationale, le projet s'est déployé en plusieurs espaces distincts : BLUE, l'exposition principale ; BLUE NOTE, un espace jazz intime ; BLUE NIGHT, une série de soirées quotidiennes prolongeant l'expérience artistique au-delà de la foire ; et THE BLUE TASTE, un parcours de dégustation de chocolat immersif.

« Sans hiérarchie, le bleu tisse un lien où l'art, l'artisanat, le design, la musique, la gastronomie et le partage coexistent, pour nous unir et nous restituer le droit de rêver, à l'heure où le ciel semble sombre. »

Roger Karera

C'est dans cet esprit que se déploie l'expérience In Between Blues. Pour certain·e·s, une façon de déconstruire l'idée même de l'inaccessibilité de l'art. Ici, chacun·e trouve sa place. L'ambition n'est pas de plaire à tous, mais de reconnaître la valeur de chaque forme de savoir, quel qu'en soit le medium.

Rêves de matière, corps fluides

De grandes tapisseries de l'artiste ougandaise Sanaa Gateja accueillent le visiteur avec force et présence. À leurs côtés, des œuvres sur papier et une grande toile du peintre moderne marocain Karim Bennani prolongent le dialogue entre forme et couleur.

Le parcours se fait ensuite plus sinueux. On croise successivement les vitraux de Louis Barthélemy, puis les pièces de l'artiste marocain Ahmed Hajoubi, profondément engagé avec la matière. La composition de Pascal Konan — également identité visuelle du projet — nous entraîne dans un mouvement circulaire où les corps de danseurs semblent flotter dans un rêve sans fin, entre ballet européen et transe africaine. Une photographie de l'artiste éthiopien Girma Berta rappelle la beauté vibrante et l'énergie de la place Jemaa el-Fna.

S'ouvre alors un espace où la magie malienne prend possession des lieux. L'installation indigo d'Awa Meité guide le regard vers le bleu tissé du maître Abdoulaye Konaté, présenté ici à travers une œuvre emblématique. À proximité, la jeune artiste marocaine Zineb Mezzour déploie un univers aquatique et corallien, né de tonalités bleu profond, où les pigments habitent le papier et la céramique. Cette séquence se conclut avec une toile du grand maître de la couleur, l'artiste camerounais Barthélémy Toguo.

Murmures d'un jardin intérieur

L'artiste marocaine Ghizlane Sahli nous attire dans un jardin suspendu où tous les sens sont convoqués. En sortant de cet espace, on rencontre Bird Queen de Sanaa Gateja, une œuvre d'une profonde émotion. Sur la droite, Ghizlane Sahli poursuit l'immersion dans un paysage luxuriant où les résidus plastiques se muent en plantes en fleurs. Les sculptures suspendues et les peintures déployées de l'artiste marocaine Houda Terjuman évoquent la vastitude et la beauté fragile de notre planète. Avant de quitter ce monde teinté de bleu, on s'arrête sur la photographie de Sara Benabdallah, dont la quiétude suggère une forme de paix silencieuse.

Élégies en bleu : amour, perte, devenir

On pénètre dans un espace plus sombre, qui évoque le passage d'une vie à une autre. La silhouette en cuir de l'artiste franco-sénégalaise Cécile Ndiaye, inspirée du Retour des bêtes sauvages, donne immédiatement le ton. L'atmosphère se fait plus solennelle, presque funèbre. Les vanités du jeune artiste mozambicain confirment ce sentiment à travers des scènes d'une intensité saisissante. L'artiste togolais Sadikou Oukpedjo évoque à la fois la création et la disparition, nous rappelant que la vie se déploie en cycles de fins et de recommencements. Les figures d'Alex Burke intensifient cette dimension mystique et introspective.

En traversant la cloison, la source de l'opéra se révèle : il s'agit de l'œuvre vidéo Addio del Passato de l'artiste britannico-nigérian Yinka Shonibare CBE, inspirée de La Traviata, où opéra, histoire et théâtralité s'entrelacent pour interroger la mémoire et les récits du corps.

Le Symposium In Between Blue

Repenser l'équation local/global de l'art africain contempo

« Being strong locally in order to be authentically global *»

Bisi Silva (1962–2019)

Dans le cadre de la foire 1-54 Contemporary African Art Fair Marrakech, j'ai conçu et animé pour ABLAKASSA une journée de symposium entièrement consacrée à l'un des grands héritages intellectuels de Bisi Silva : cette formule devenue emblématique, qui continue d'interroger les pratiques culturelles africaines quinze ans après sa première formulation.

La question posée était à la fois simple et vertigineuse : cette vision reste-t-elle pertinente face aux transformations profondes de l'écosystème artistique africain ? Comment les nouvelles générations de professionnels de la culture naviguent-elles cette équation complexe entre ancrage local et rayonnement international ?

Face aux défis persistants que sont le financement, la circulation des œuvres, la formation professionnelle et la préservation de la mémoire, j'ai réuni des figures innovantes de la scène culturelle africaine contemporaine pour croiser leurs expériences et explorer des collaborations possibles — non pas comme un hommage figé, mais comme un laboratoire vivant de réflexion prospective, où l'excellence des modèles existants nourrit la construction collective d'une vision pour l'avenir.

Une journée, six voix, un horizon commun

La journée a rassemblé Moni Aisida (G.A.S. Foundation), dont le travail redéfinit l'archive comme espace vivant et outil de souveraineté culturelle — résistant aux régimes extractivistes de la connaissance pour restituer aux communautés africaines le pouvoir de se documenter elles-mêmes. Naoki Nakatani (Space UN Tokyo) a présenté un modèle hybride galerie-fondation à Aoyama, croisant collection privée, programmation culturelle et résidences bidirectionnelles entre le Japon et l'Afrique — révélant un intérêt japonais croissant pour l'art contemporain africain et préfigurant de nouveaux circuits économiques en Asie. Othmane El Farsi (Fondation TGCC Maroc) a incarné la stratégie du local d'abord : développer la jeune scène marocaine par le Prix Mustaqbal et l'Artorium Casablanca, démontrant comment un ancrage territorial profond génère une légitimité qui dépasse les frontières. Meryem Sebti (Diptyk Magazine) a quant à elle exposé comment la position géographique singulière du Maroc — à la croisée de l'Afrique, du monde arabe et de la Méditerranée — permet de développer une approche éditoriale endogène, participant activement à la réécriture de l'histoire de l'art africain et arabe depuis une perspective que les grands médias occidentaux ne peuvent pas occuper.

L'après-midi, introduit par Jean-Servais Somian — « les artistes seuls ne suffisent pas : un écosystème vivant a besoin de curateurs, médiateurs, gestionnaires culturels » —, s'est tourné vers les enjeux de transmission et de formation. Ahmed Midjou (Institut National des Beaux-Arts de Tétouan) a présenté une institution d'une profondeur historique singulière, fondée en 1945 et inaugurée par Mohammed V en 1957, interrogeant la manière dont une mémoire institutionnelle de près de 80 ans peut nourrir une pédagogie contemporaine entre résilience locale et ouverture internationale. Jean-Servais Somian (Young Designer Workshop Abidjan) a exposé son modèle d'apprentissage par la pratique — du croquis à la réalisation, en connexion directe avec l'artisanat ivoirien — avec une ambition claire : faire d'Abidjan le hub du design africain. Le collectif Hall Haus, composé de jeunes designers français issus des quartiers populaires, a incarné une circulation Sud-Sud-Nord inédite, questionnant l'individualisme créatif et ouvrant vers de nouveaux modèles de coopération internationale dans la formation des jeunes créateurs.

Le dialogue final a réuni l'ensemble des intervenants autour d'une question fédératrice : dans l'esprit de Bisi Silva, comment l'excellence des modèles présentés inspire-t-elle les dix prochaines années ?

La journée s'est achevée par la projection en avant-première mondiale du documentaire CCA Lagos — Creating Space for a Hundred Flowers to Bloom, retraçant l'histoire du Centre for Contemporary Art Lagos de sa fondatrice à son héritage vivant.

*Être fort localement pour être authentiquement global

Crédits photographiques :

© L’atelier 21 et Ghizlane Sahli

Crédit vidéo :

© Fatima Bocoum

Courtesy de Ablakassa